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    Front commun des religieux saoudiens contre Ben Laden

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    silverbold
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    Front commun des religieux saoudiens contre Ben Laden

    Message  silverbold le Dim 7 Oct - 15:28

    Front commun des religieux saoudiens contre Ben Laden
    PIERRE PRIER.
    Publié le 05 octobre 2007


    L'un des contestataires les plus populaires d'Arabie saoudite et le grand mufti relaient la crainte de la monarchie d'une déstabilisation du monde arabe.

    LE GRAND MUFTI d'Arabie saoudite, Cheikh Abd-al-Aziz Ben Abdallah Al al-Cheikh, se désole de voir ses compatriotes aller combattre en Irak. « Cela fait des années que j'observe le voyage des jeunes Saoudiens à l'étranger pour y mener le djihad au nom d'Allah », écrit le principal dignitaire religieux, qui tient à leur rappeler fermement les fondements de la foi : « Mener le djihad - la guerre sainte - sans la permission du dirigeant viole la sharia [la loi islamique], et constitue un grand péché. » Et de citer le Prophète : « Celui qui obéit à l'émir m'obéit, et celui qui désobéit à l'émir me désobéit. » Cette admonestation publique, lancée au début de la semaine sur plusieurs chaînes de télévision et dans la presse, illustre l'inquiétude de la monarchie devant l'accroissement des départs clandestins pour l'Irak. Le discours du grand mufti suit de près un autre texte, plus spectaculaire encore : une lettre ouverte adressée à « Frère Oussama », c'est-à-dire à Ben Laden, par l'un des plus anciens et plus populaires contestataires de la famille Saoud, Cheikh Salman al-Awda.

    « Combien d'innocents tués ? »

    Ce dernier va droit au coeur du problème : « Frère Oussama, combien de litres de sang ont été répandus ? Combien d'innocents, enfants, femmes et personnes âgées, ont-ils été tués, mutilés, et expulsés de leurs maisons au nom d'al-Qaida ? » On ne sait pas si le grand mufti s'est senti obligé de se mettre au diapason de Cheikh Salman, très populaire dans le royaume. En tout cas, la lettre de ce savant religieux, respecté par la jeunesse politisée, a eu un grand retentissement et fait depuis l'objet de débats houleux sur les sites islamistes.

    La lettre de Salman al-Awdah constitue une première. Bien qu'il ait condamné les attentats du 11 Septembre, le cheikh s'était abstenu jusqu'ici de critiquer Ben Laden. Si Salman al-Awdah n'a jamais emprunté la voie de la violence et a construit un modus vivendi avec la monarchie, il a longtemps critiqué le pouvoir royal. Il a été envoyé en prison au début des années 1990 pour avoir dénoncé la présence des troupes américaines sur le sol saoudien, un thème également central dans les discours de Ben Laden. Les sermons de Salman al-Awdah, distribués à des centaines de milliers d'exemplaires en cassettes ou CD, ont été retrouvés jusque dans une résidence de Ben Laden en Afghanistan après la chute des talibans.

    Il n'y a pas si longtemps, Cheikh Salman prêchait d'ailleurs lui aussi le djihad en Irak. En novembre 2004, il a signé avec 24 autres religieux une lettre ouverte poussant les Irakiens à soutenir les combattants qui mènent « une guerre sainte légitime » contre « le grand crime de l'occupation américaine en Irak ». Certes, le roi Abdallah a lui aussi dénoncé récemment « l'occupation illégitime ». Mais comme le roi, Cheikh Salman semble désormais soucieux de ne pas laisser le flambeau de la lutte des sunnites à Ben Laden. Les remontrances du cheikh islamiste ne s'arrêtent pas aux Saoudiens. « Nombre de nos frères en Égypte, en Algérie et ailleurs voient que l'idéologie d'al-Qaida est au bout de sa route. Ils comprennent à quel point elle est dangereuse et destructrice. »

    Obsession des dirigeants

    C'est clairement la déstabilisation du monde arabe, obsession des dirigeants saoudiens, qui est dénoncée par Salman al-Awdah : « Frère Oussama, qu'y a-t-il à gagner de la destruction de nations entières, comme nous le voyons en Afghanistan et en Irak ? Qui va profiter de la transformation en champ de bataille de pays comme le Maroc, l'Algérie, le Liban, l'Arabie saoudite, ou n'importe quel autre pays, d'ailleurs ? »

    Quant aux attentats du 11 Septembre, ils n'ont convaincu personne, ajoute-t-il, alors que « de nombreux prêcheurs ont guidé des centaines de milliers de gens vers l'islam. La différence entre celui qui guide et celui qui tue n'est-elle pas évidente ? »

    Engageant sa popularité contre celle de Ben Laden, le cheikh rebelle rend un grand service au roi. Reste à savoir s'il arrivera à ternir l'image du chef d'al-Qaida, admiré par de nombreux jeunes dans les pays du Golfe. Les dirigeants saoudiens, qui annoncent régulièrement l'arrestation de groupes armés sur leur propre territoire, démentent les chiffres venus de l'étranger. En juillet dernier, un « officiel américain » anonyme avait estimé, devant la presse, à 45 % la proportion de Saoudiens parmi les combattants étrangers en Irak. Le quotidien Al-Chark Al-Awsart, à capitaux saoudiens, avait mis en doute ces statistiques, et affirmé que leur nombre avait beaucoup baissé après les campagnes de prévention menées en Arabie.

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